09 Nov. 2006
Ce qui frappe un étranger, surtout celui venant d’un pays de tradition jacobin, en arrivant en Afrique du Sud, c’est cet air de liberté qui circule partout.
L’absence des personnes armées sur les rues et autour des institutions publiques laisse croire qu’on est à l’église ici.
L’exemple le plus frappant est arrivé le samedi 24 Septembre 2006, le jour où le président Sud Africain, Thabo Mbeki est venu présider la célébration du Héritage Day et aussi la cérémonie de l’ouverture de l’édition 2006 de la Homeless World Cup qui eut lieu à Cape Town. Nous étions dans le gymnase Grande Parade pour la cérémonie d’ouverture de cette coupe du monde, quand notre guide (elle s’appelle Yomby –prononcez Thomby) me demande si je savais que le Président Sud Africain était à quelque pas de nous. Je lui ai répondu que le programme prévoyait sa présence, mais que je n’avais rien vu de spectaculaire qui pouvait présager sa présence. “ What spectacular thing do you want to see” (Qu’y a t il de spectaculaire que tu voudrais voir) me demande Yomby. Le Camerounais que je suis là répond que la non présence des gens armés ou une escorte impressionnante étaient des éléments qui démontrent la non présence d’un chef d’Etat quelque part. “ No ! No ! No ! ” me réplique Yomby, notre président n’a pas besoin de tout cela. Elle me dit que si Thabo Mbeki vient avec tout ce que j’énumère, il va bloquer les activités et effrayer les gens, alors personne ne sera content de lui parce qu’il n’est pas élu pour venir paralyser les activités. “Les gens vont manifester contre cela”, poursuit-elle, à mon grand étonnement.
L’arrivée d’un chef d’Etat quelque part, pour moi Camerounais, signifiait la présence des gens lourdement armés et l’infiltration du lieu par des policiers armés ou non et autres agents de renseignements qui ont une apparence effrayante. Mais non, pas un policier ne portant une arme ce 24 septembre !! Et pourtant, Thabo Mbeki était à 30 mètres derrière nous sur le bacon de la bibliothèque municipal, lieu où Madiba-Nelson Mandela avait prononcé son premier discours quand il fut élu président de l’Afrique du Sud. Oui, le président Sud Africain était là , accompagné seulement de quatre (4) personnes. Pas des gens armés postés sur des toitures des étables des bayam sellam, à proximité de la Bibliothèque municipale. Surprise, les véhicules circulaient sans problème sur la route qui est à 40 mètres en face du lieu où se trouvait le président sud-africain. Mais, les gens-ci sont comment ?
J’ai saisi l’appareil photo d’un de mes joueurs (mon badge d’accréditation sur la bandoulière), sauté des gradins et traversé la barrière sans problème; et me voilà à 5 mètres du président sud-africain. Et en descendant du balcon pour faire les 40 mètres qui séparent le lieu du stade, les gens l’ont approché spontanément et moi aussi, je l’ai approché de presque 3 mètres pour prendre une photo sans être molesté. Je n’avais pas le fameux sésame que les bureaucrates de chez nous appellent coup fil pour faire des photos d’un président de la République.
La simplicité de Thabo Mbeki est légendaire et sa légitimité affirmée. En voulant traverser la route pour aller au stade, un garçon de sept ans en course est allé tomber dans les bras du président Sud Africain et Celui-ci l’a porté dans ses bras et l’embrassé. Je n’ai pas pu retenir les larmes de mes yeux en regardant ces actes.
Liberté
Un monsieur portant un costume impeccable me regarde en larmes et demande si j’avais des problèmes de vue, et je lui réponds non. “ Then why are you crying (mais pourquoi pleurs tu ?) me demande-t-il. Je lui ai répondu que j’étais ému par le degré de liberté qui se trouve en Afrique du Sud. J’ai dit à mon interlocuteur que le peuple Sud Africain était un peuple libre. Voilà ce monsieur qui me prend sur son corps et m’embrasse. En ce moment, j’ai senti un objet dur sur son côté gauche. Cela me dit que j’avais à faire à quelqu’un de la garde rapprochée du chef de l’Etat Sud Africain. Il demanda à une dame de s’occuper de moi. “ Please help him; he has some moral problems (prière l’aider car, il a des problèmes moraux). La dame à son tour m’embrasse et demande de quel pays je venais. Je lui ai dit que je venais du Cameroun. Et sa réaction : Roger Milla Cameroon. “ Où est-il Roger Milla ? ” me demande-t-elle. Et je répond que notre Milla national était Ambassadeur Itinérant. “ C’est très bien que votre Pays l’utilise, car c’est une personnalité importante que nous voulons aussi avoir pour ajouter à Madiba (Nelson Mandela) ” a-t-elle réagi. Elle me dit ensuite que la liberté que j’admirais en Afrique du Sud n’existait pas il y a de cela une quinzaine d’années. “ Don’t worry, very soon, you will soon be there like us ” Ne t’inquiète pas car vous serez bientôt libre comme nous, me dit-elle. Et de me demander ensuite si elle pouvait m’emmener en promenade. Une offre que je décline avec pour motif que j’étais responsable de l’équipe du Street Football camerounaise devant participer à la Homeless World Cup. On se sépare et je retrouve mes joueurs, toujours en larmes.
Traitement
L’autre aspect frappant avec l’Afrique du Sud est que la présence du président Thabo Mbeki à la fameuse District 6 de Cape Town n’a pas occasionnée un mouvement des troupes hyper armées comme dans les pays à tradition Jacobin. Elle n’a non plus requis la fermeture des boutiques, l’immobilisation de la circulation ni placement des gens armées sur les toitures et autres vérandas. Et quand le président entre dans le gymnase devant accueillir le tournoi Homeless World Cup, les voitures se sont mises aussitôt à circuler derrière lui. Un Joueur de Asafe Camaroes me fait cecommentaire : “ DT, si c’était au Cameroun, on raflait le quartier depuis une semaine ou même l’enfant que le président Mbeki a embrassé serait tué et jeté”. Celui qui commente ainsi n’a que 20 ans. Donc…
Christian Lima, le capitaine de l’équipe camerounaise et porte-drapeau du pays de Roger Milla lors du défilé n’a pas cru qu’il a défilé devant le président Thabo Mbeki. “ DT, (Directeur technique, c’est comme cela que les joueurs m’appelaient) il n’y avait que 4 personnes parmi lesquelles une femme debout sur une véranda et un homme saluant notre passage. Il n’y avait pas de militaires. Donc, je ne crois pas qu’il y avait le président sud-africain ”. Et un autre joueur de d’ajouter : “ le président ne peut pas être quelque part et on laisse les gens circuler comme ça et qu’il n’y a pas même un policier armée. Dis donc, on est où”
Cet embarrassement de Lima et autres est d’autant justifié pour des gens qui viennent d’un état policier. Un pays où l’activité économique des villes peut être bloquée pendant toute une journée juste parce que le président devra utiliser un artère pendant 30 minutes pour traverser et aller à l’aéroport. Et les touristes sont parfois bloqués à Mvan et autres lieux. Un pays où pour les bonnes humeurs d’un individu, on décrète toute une journée fériée alors qu’on est dit pauvre et très endetté. C’est d’autant vrai pour un pays où le fonctionnaire dit bien faire son travail, il frustre un citoyen qui a une idée novatrice génératrice d’emplois ou de création de richesses. Et c’est nombre de projets qui pourrissent dans les tiroirs des fonctionnaires qui ne me démentiront pas.
L’embarrassant est d’autant justifié que quand j’ai montré Monsieur Andrew Arnolds, l’adjoint au Maire de Cape Town, assis sur les planches du gradin du gymnase en train de suivre les matches au lieu d’être dans un endroit aménagé spécialement pour les Vip, les joueurs ne m’ont pas cru. Eux qui étaient la veille hôtes de Monsieur Arnolds dans le gigantesque building (l’équivalent de l’immeuble ministériel devant le Premier ministère à Yaoundé) abritant la mairie de Cape Town. Après une séance de photo avec l’équipe camerounaise, j’ai demandé au maire pourquoi est ce qu’il a choisi d’être dans les gradins au lieu de la tribune. Il rit et me dit que notre tournoi était une chose idéale, parce qu’il réunit les gens et cela lui donnait l’occasion de rencontrer ses co-citadins. “ C’est la seule opportunité qui m’est offerte pour les rencontrer et avoir le feedback direct sur la gestion de la mairie. Vous devez savoir qu’ici à Cape Town, tout le monde est occupé et personne ne vient à la mairie pour nous dire ce qu’il pense de la gestion de la mairie ”, me confie le maire adjoint de Cape Town. Et de conclure, qu’un maire n’est pas un directeur, mais un élu qui est là pour mettre en place une politique en accord avec sa base et la meilleure manière de réaliser quelque chose de concret est de toujours rencontrer la base. Cela veut dire, rendre compte de sa gestion et chercher l’adhésion. On appelle cela ici : “ accountability ”
Ce qui veut dire que les Sud Africains procèdent par des mesures efficaces pour atteindre leurs objectifs. La police ici est très discrète. mais très présente. A des rares moments, on trouvera des policiers armés. La police brutale est une nouvelle école à inventer en Afrique du Sud, mais personne ne vous en recommandera. “ Une police brutale n’empêche pas l’éclosion de la criminalité. Au contraire, elle encourage une criminalité violente ”, me dit le chef de la sécurité de la Trafalgar High School, là où étaient logés tous les joueurs du tournoi. Vous avez un problème de sécurité, faites le 10111 et dans les 10 minutes qui suivent les sirènes de la police retentiront devant vous.
Au vu de tout cela, un joueur de Asafe Camaroes me demande ceci : “ DT, est ce que nos ministres ou autres dirigeants ne viennent pas ici pour voir tout ceci et faire la même chose chez nous”. Je n’ai répondu que par les larmes que j’ai avalées dans mon ventre pour ne pas embarrasser le pauvre enfant. Et pourtant !
On se demande si quelqu’un a une ambition pour ce pays béni appelé le Cameroun. Le peuple Sud africain est un peuple libre qui a de l’ambition. Le siège de membre du Conseil de sécurité ne doit pas leur être disputé. En aucun cas.
Post-Scriptum :
1. Vous vous rendez compte que Camerounais de mes origines, je puis faire 14 jours sans boire une bière parce qu’il n’existe pas de bars ni de ventes à emporter dans le pays de Nelson Mandela. Quelle punition !!! Et de dire qu’on a un compatriote là bas appelé Achille Mbembe qui écrit pourtant régulièrement dans la presse sans prendre de la peine de prévenir ses compatriotes. Cela aurait permis à ce qu’on remplisse le quota des bagages autorisés par les “Jobajos” et autres “Kangués” en boîtes. Et des Camerounais, adeptes de la bière, se demandent “comment vivent ces gens-ci, dis donc ? ” Pour boire la bière, allez en boîte de nuit, vous repond-on. Dans la journée, on travaille, un point, un trait !
Et pourtant, aucun Camerounais n’est rentré malade parce qu’il n’a pas bu de bière, au contraire, c’est avec des kilos de muscles en plus, qu’on regagne la ville pleine de nids de poule et toutes sortes d’immondices appelée Douala !!!
2. Au moment d’aller sous presse, on me fait savoir que le Pays de Nelson Mandela est membre du Conseil de la sécurité de l’Onu. Cela n’est que justice faite.
Par Par Aaron Agien Nyangkwe Journaliste-Cartographe de l’Incidence nyangkweagien@gmail.com
Le 08-11-2006Â Le Messager