08 Nov. 2006
Le décès d’une patiente dimanche dernier relance la polémique sur la faiblesse de l’offre.
Transportée de toute urgence, dimanche 05 novembre dernier à l’Hôpital Laquinitinie de Douala, Henriette Lougoum, 45 ans, n’a pas pu avoir la transfusion sanguine qu’imposait son état et a succombé à ses blessures. Pénurie artificielle destinée à extorquer de l’argent à la famille ou manque réel de sang ? Trois jours après le drame, sa famille et le personnel de l’administration de l’hôpital se déchirent dans la quête de la vérité sur ce décès. Les premiers cités menacent de porter plainte contre l’hôpital Laquintinie pour non-assistance à personne en danger et pour 10 250 F Cfa exigés à tort. Des récriminations que le personnel en service à la banque de sang essaye de battre en brèche. "La banque de sang de l’hôpital connaît une grosse pénurie si rien n’est fait cela pourrait être davantage préjudiciable aux nombreux donneurs", a confié Dr Madeleine Mbangue, chef de service du laboratoire. Un coup d’œil jeté dans le frigidaire quasiment vide, laisse entrevoir trois poches de sang sur la centaine qu’il devrait normalement contenir.
Les origines de ce drame remontent à la matinée de ce même dimanche. Au sortir du culte à l’église presbytérienne de Nkoloulom à New-Bell à Douala, Henriette Lougoum est percutée par le véhicule d’une fidèle. "Tout s’est passé dans la cour de l’église, la fidèle au volant faisait la manœuvre lorsqu’elle a été surprise par des cris", a-t-on appris. Immédiatement, les chrétiens sous l’impulsion du pasteur qui venait d’officier le culte vont s’organiser pour secourir Mme Lougoum blessée au niveau du bras. Celle-ci est rapidement transportée à l’Hôpital Laquinitinie de Douala aux environs de 10heures. Après les urgences, elle sera admise à la maternité. "Puisque la dame perdait toujours du sang, nous avons demandé que cela lui soit compensé", a-t-on confié à l’hôpital. Face à l’urgence, la banque de sang est immédiatement saisie pour la fourniture du sang. "Malheureusement, la banque de sang qui connaît une grave pénurie depuis quelque temps était encore vide ce jour. Il n’y a avait pas de poches pour le groupe B auquel la victime appartenait", a expliqué Moise Tonye, major dans ce service.
Selon le major, 14 poches de sang reçues la veille attendaient d’être testés avant leur mise à la disposition des nécessiteux. A cause des coupures intempestives d’électricité, la validation de ces poches va prendre plus de temps que prévu, soit 4 heures. "A la fin, des quatorze poches, huit seront défectueuses et des six autres sortiront du sang pour les groupes O et B", a expliqué Dieudonné Agokaeng, technicien médico-sanitaire. "Pendant ce temps, ceux qui ont amené la victime refusent de se soumettre aux conditions exigibles à savoir payer 10 250Fcfa et présenter deux donneurs de sang", a-t-il poursuivi. Selon les responsables de l’Hôpital Laquinitinie, lorsque à 14h, la poche de sang est apportée à la maternité, où Henriette Lougoum attendait impatiemment, Dieudonné Agokaeng est pris à partie par les "frères et amis" de l’accidentée. Lesquels lui annoncent le décès de la victime. La rixe est inévitable.
Selon le Dr Mbangué, en dépit des appels régulièrement lancés aux populations pour venir donner un peu d leur sang, celles-ci ne viennent toujours pas. "De ce fait,il est difficile d’alimenter en permanence une banque dont les sollicitations viennent de tous les coins de la province", a-t-elle poursuivi. Et d’ajouter, les amis et parents des demandeurs ne sont toujours pas prêts à répondre aux exigences de la maison. Très souvent, contre des poches de sang, ils abandonnent vestes, cartes nationales d’identité, passeports, permis de conduire et téléphones portables, avant de fondre dans la nature dès qu’ils sont servis.
Dippah Kayessé ,Quotidien Mutations