30 Juin 2006
La nouvelle compagnie aérienne est un consortium Belgo-camerounais.
Composée de responsables de la Société financière internationale (Sfi) et du Comité technique de privatisation et des liquidations (Ctpl), l’équipe chargée de piloter l’opération de privatisation de Cameroun Airlines (Camair) a finalement rendu son verdict hier, 29 juin 2006. Dans un communiqué officiel signé du ministre de l’Economie et des Finances, le gouvernement camerounais annonce, en effet, "la désignation du consortium dénommé First Delta Air Services, en tant qu’adjudicataire provisoire de l’appel d’offres pour la souscription de 51% des actions de la future compagnie aérienne nationale". Ce consortium, précise le communiqué de Polycarpe Abah Abah, est composé de Sn Brussels Airlines, compagnie aérienne belge, et de Cenainvest, une société camerounaise de capital risque.
Filiale du groupe Afriland First Bank, Cenainvest a été créée grâce à un appui financier de la Société néerlandaise pour le financement du développement (Fmo). Engendrée en 1970, la Fmo est un partenariat public-privé entre le gouvernement des Pays-Bas, des grands établissements financiers néerlandais et des actionnaires privés. Cette société, qui est active dans 40 pays émergents, favorise notamment les investissements du secteur privé dans les pays en développement afin de contribuer à leur croissance économique durable. Au Cameroun, Cenainvest a pour directeur général un certain Albert Florent Bengale.
Annoncée depuis plusieurs années, la privatisation de Camair entre dans le cadre d’une politique globale de réforme et de libéralisation du secteur des entreprises de service public du Cameroun. Le processus a cependant pris une allure plus sérieuse avec le lancement d’un appel d’offres international, en vue du choix d’un opérateur de transport aérien qui créera et exploitera une nouvelle compagnie nationale de transport aérien en remplacement de la compagnie nationale existante.
Laquelle est alors en proie à d’interminables difficultés financières. L’invitation à la préqualification rendue publique en janvier 2006 par le ministre de l’Economie et des Finances, avait ainsi scellé le sort de ceux que d’aucuns qualifiaient encore de "fierté nationale".
A travers cette invitation, le gouvernement avait invité les soumissionnaires intéressés, seuls ou dans le cadre d’un consortium, à participer à une première étape de la transaction et à présenter leurs références auprès du comité de pilotage. La préqualifation des soumissionnaires, comme le précisait déjà le ministre Polycarpe Abah Abah, devait par conséquent se faire sur la base de leur expérience et de leur conformité aux exigences et autres critères définis dans les termes de référence du processus.
Évolution
Le ministère de l’Economie et des Finances annonçait alors que c’est début juillet que devrait être connue l’identité du partenaire stratégique du gouvernement dans la nouvelle compagnie aérienne nationale qui succédera à Cameroon Airlines. Un délai respecté dans les limites du temps…
Quatre repreneurs potentiels avaient pourtant déposé des offres pour l’acquisition de 51 % des actions de la nouvelle compagnie, dans le cadre du processus de scission-liquidation-privatisation de Camair. Il s’agit de Kenya Airways, Royal Air Maroc, Comair Limited et Sn Brussels. Ce dernier étant, en fin de compte, le repreneur ayant présenté, notamment avec son projet de transformer l’aéroport de Douala en hub régional, les meilleures garanties de reprise.
La compagnie kenyane a jeté l’éponge fin mai, estimant les conditions du gouvernement un peu trop lourdes. Malgré l’engouement affiché au départ, les Sud-africain de Comair Limited n’ont plus véritablement manifesté leur intérêt dans l’affaire. La Ram, elle, envisageait d’intégrer la Camair dans le projet de compagnie régionale Air Cemac. Ce qui ne semblait pas être du goût des autorités camerounaises. Ce d’autant plus que la nomenclature du capital de la compagnie qui remplacerait la Camair, prévoyait une participation significative des investisseurs privés camerounais à côté du "partenaire stratégique" détenteur de la majorité du capital.
Dans un délai de dix jours, les responsables de First Delta Air Services devraient, en principe, signer avec le gouvernement camerounais, les documents relatifs à la transaction. Les deux parties "travailleront ensemble pour finaliser les autres procédures juridiques et opérationnelles nécessaires au lancement [effectif] de la nouvelle compagnie aérienne dans les prochains mois", indique le communiqué publié hier.
Eugène Dipanda Quotidien Mutations