08 Juin 2006
Le gouvernement décide de suspendre les vols de la compagnie jusqu’à nouvel avis.
Une incertitude plane depuis hier, mercredi 7 juin 2006, sur la continuité de l’activité de la Cameroon Airlines. Mutations a en effet appris de sources bien informées, que le ministre des Transports a décidé de suspendre les "vols de la Camair jusqu’à nouvel avis". Cette décision, qui aurait été prise dans la mi-journée d’hier, n’a pas encore été rendue publique.
Mais le gouvernement semble avoir décidé de couper l’herbe sous les pieds du personnel de la compagnie nationale aérienne, qui avait décidé "de continuer les manifestations jusqu’à ce que ses revendications soient satisfaites", en dépit de l’accord passé entre le ministre de l’Economie et des Finances et le collectif des délégués du personnel levant la grève observée depuis lundi dernier au sein de la Camair.
Le durcissement du ton par le gouvernement semble dicté par l’attitude des grévistes. Dans une lettre adressée à l’Administrateur provisoire de la Camair, le 06 juin, le personnel navigant (pilotes, stewards et hôtesses), liste un ensemble de points ayant "un rapport avec le facteur humain qui est l’élément de base, écrivent-ils, du concept de sécurité dans [leur] corps de métier".
Parmi les huit revendications du personnel navigant, figure le " paiement immédiat et intégral des retenues Saam plus la part patronale avec les intérêts subséquents dus à la perte en capitalisation auprès du Saam ". Or, selon les initiés, cette seule retenue, compte non tenu des intérêts, est évaluée à quelques 4 milliards Fcfa. Non seulement les pouvoirs publics se disent incapables de répondre à une telle exigence, malgré l’offre de dialogue formulée par les grévistes, mais aussi, ces derniers sont accusés d’avoir haussé les enchères au-delà du raisonnable.
Plan social
La suspension des vols de la Camair constituerait seulement la première mesure de rétorsion envisagée par le gouvernement. Selon nos sources, des licenciements pour cause économique seraient également prévus. Le plan social assorti à la privatisation de la Camair, à travers la scission-liquidation devrait être précipité.
Des mesures ont été prises pour que le personnel navigant, encore en grève, ne contamine pas le personnel chargé de l’assistance au sol, dans le but de préserver la desserte des aéroports du Cameroun par les avions des autres compagnies aériennes. Nos sources indiquent que l’assistance au sol, jusqu’ici conjointement opérée par les Aéroport du Cameroun (Adc) et la Camair, sera désormais laissée à la charge des Adc seuls. Cette entreprise devrait bientôt recruter du personnel en conséquence.
Sur le terrain, l’ambiance empreinte de tension, qui régnait au siège de la Cameroon Airlines (Camair) depuis le lundi 5 juin dernier, est pratiquement retombée. Hier mercredi, les traces qui restaient, au siège de la compagnie aérienne, de "l’arrêt de travail illimité" décrété par le collectif des délégués du personnel, sont quelques affiches collées à l’entrée du bâtiment administratif. Les grandes banderoles, sur lesquelles certaines revendications du personnel étaient consignées, ont déjà disparus.
1,350 milliards
Le personnel a regagné les bureaux et les attroupements sur la véranda et les couloirs de l’immeuble n’existent plus. Cependant, la grève n’est pas terminée, comme indiqué ci-dessus, pour le collectif du personnel navigant. Tous les avions Camair opérant les vols domestiques et internationaux, restent donc cloués au sol.
C’est à travers un communiqué publié dans la soirée de lundi, que la levée du mot d’ordre de grève a été signifiée aux employés. Ce jour-là , conformément aux discussions avec les délégués du personnel, le ministre des Finances avait pris trois décisions allant dans le sens des revendications du personnel.
La première autorisait " le déblocage d’une somme de 1,350 milliards Fcfa au profit de la Camair ", pour apurer les trois mois d’arriérés de salaire de son personnel. La seconde modifiait la décision du 23 novembre 2005 portant " organisation du comité chargé du suivi de la liquidation de la Camair ", avec l’introduction de deux représentants du personnel dans ledit comité. Une mesure similaire a été prise concernant le "Comité de pilotage de la privatisation de la Camair ".
Le collectif des délégués du personnel navigant de la Camair, " estimant que ses droits spécifiques n’ont pas été pris en compte, a décidé de continuer les manifestation jusqu’à ce que ces revendications soient satisfaites ". Ils ont adressé mardi dernier à l’administrateur provisoire de la Camair, leur liste de revendications. Ils exigent entre autres, la " souscription d’une assurance couvrant tous les risques professionnels en et hors services " et la " réorganisation entière des opérations aériennes pour améliorer la sécurité des vols ". Ils disent se tenir à la " disposition " de Paul Ngamo Hamani, l’administrateur provisoire de leur entreprise, " pour l’examen de ces différents points ".
Ces revendications, qui ne vont certainement pas redorer l’image de la compagnie auprès des responsables de l’aviation civile de certains pays, notamment occidentaux, sont certainement à l’origine du changement du ton du gouvernement.
Christophe Bobiokono et Pascal E. Dang,Quotidien Mutations