17 Mai 2006
Trois ans après son inauguration officielle, la bourse des valeurs mobilières de Douala s'apprête à démarrer effectivement ses activités.
La nouvelle est officielle depuis vendredi, 12 mai dernier. Dès le mois de juin prochain, les premières cotations débuteront à la Douala Stock Exchange (Dsx), la bourse des valeurs mobilières basée dans la capitale économique du Cameroun. Au terme des travaux de la Commission des marchés financiers (Cmf) tenus en fin de semaine dernière au siège du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) à Douala, il a en effet été annoncé aux opérateurs économiques l'admission des titres de la Société des eaux minérales du Cameroun à la cote de la Dsx. Il s'agit de 20% du capital de cette société, l'équivalent de 500 millions Fcfa environ, qui doivent être cédés à des tiers désireux d'y prendre des parts. Depuis la mise en service officielle de la Dsx il y a trois ans, ce sont-là les tout premiers titres que cette bourse s'apprête ainsi à mettre sur le marché financier.
L'an dernier pourtant, on avait cru percevoir un semblant de frémissement dans les rangs des prestataires de services d'investissement (Psi) de la Dsx, avec notamment un emprunt obligataire émis par la Communauté urbaine de Douala. Une opération qui aura finalement tourné court, malgré une importante souscription des opérateurs économiques divers qui, en quelques mois, ont mobilisé un peu plus de 8 milliards Fcfa, soit 1 milliard Fcfa de plus que les besoins exprimés par la Cud. Sur le plan du marché primaire, cette opération a donc été une réussite, selon les responsables de la Dsx. Malheureusement, de l'avis du directeur général de cette bourse, Pierre Ekoulé Mouanguè, "La cotation du titre, l'admission à la cote de l'obligation Cud-finance, si elle n'a pas eu lieu à ce jour, c'est en raison des réglages nécessaires et autres contraintes juridiques à lever, impliquant notamment la Commission des marchés financiers et la Cud, via la Cud-finance, qui est le véhicule créé à l'effet de satisfaire aux conditions d'admission sur le marché financier".
Une situation de blocage, qui, depuis lors, fait dire au commun des Camerounais que la Dsx est plongée dans un profond sommeil. Une inertie à laquelle l'Etat a souhaité mettre un terme il y a exactement un an, en procédant au changement de direction à la bourse de Douala. Lorsque Mathurin Epée Doumbè cède en effet sa place à Pierre Ekoulé Mouanguè, ce dernier a pour mission première de faire démarrer les activités de la Dsx "le plus tôt possible", comme l'avait prescrit le ministre de l'Economie et des Finances qui l'installait à ses fonctions en juillet 2005. "Sur le plan visuel, rien n'est encore fait. Mais au fond, nous travaillons d'arrache-pied pour faire avancer les activités", explique le Dg. Parce que, poursuit-il, "La bourse, c'est pas seulement les cotations. Ces dernières ne sont que la partie visible de l'iceberg. Il y a un certain nombre de dossiers qui pourront aboutir très prochainement".
Concurrence
Pour les responsables de cette institution, la bourse de Douala est donc enfin prête pour la centralisation sur les marchés. Une centaine de simulations ont été organisées avec diverses entités du marché. Conçu et sécurisé par 3V Finance, une filiale du groupe français Viel & Tradition, le système de cotation permettra aux négociateurs, dit-on, de saisir des ordres via leurs postes de travail. Seules les valeurs restent donc attendues. Et, parce que le marché ne sera pas particulièrement liquide dès le démarrage, les responsables de la Dsx ont opté pour la cotation par fixing, c'est-à -dire la confrontation de l'offre et de la demande des titres, après concentration des ordres pendant une période donnée.
Toutefois, la renaissance de la Dsx intervient dans un contexte marqué par l'offensive de la Bourse des valeurs mobilières d'Afrique centrale (Bvmac) dont le siège est au Gabon. Pour certains économistes en effet, la concurrence annoncée de cette bourse à vocation sous régionale va fortement perturber l'action de la Dsx, au point de la contraindre, plus tard, à la fermeture pure et simple. Une démonstration que ne semble cependant pas partager Pierre Ekoulé Mouanguè. "Il n'y a pas concurrence", selon ce dernier. Parce que, explique-t-il, "Dsx se situe sur le plan national, au Cameroun. C'est l'entreprise de marché agréée par la Commission des marchés financiers. En sa qualité de bourse des valeurs mobilières, elle bénéficie donc d'une concession exclusive concédée par l'Etat, à travers le ministère de l'Economie et des Finances".
Pour rendre sa bourse compétitive, il s'avère donc nécessaire pour l'Etat camerounais d'engager des mesures tant incitatives qu'attractives sur le plan de la fiscalité, comme l'ont récemment soutenu des opérateurs économiques locaux. En dépit d'un important potentiel reconnu aux entreprises camerounaises, l'on n'a cependant qu'une connaissance assez vague de la profondeur du marché financier camerounais. Les sociétés désireuses d'entrer en bourse devront, en tout cas, obéir à plusieurs critères. Leur taille et leur rentabilité en sont les principaux. Sur le premier marché de la cote officielle, par exemple, l'entreprise doit présenter une capitalisation de plus de 500 millions, avoir distribué deux dividendes au cours des trois dernières années, avoir réalisé une marge nette sur opérations (chiffre d'affaires) d'au moins 3% !
Attentes
En tout état de cause, l'effectivité du fonctionnement de la bourse de Douala devrait apporter des changements fondamentaux au sein de l'économie camerounaise. Sur le plan du financement notamment, Dsx et le marché financier permettront aux agents économiques en quête de financements longs de disposer des ressources adéquates à leurs besoins. Au niveau international, les investisseurs en quête de placements pourront par ailleurs aider à la satisfaction des besoins de financement des entreprises camerounaises et, pourquoi pas, de l'Etat camerounais dans le cadre de ses emprunts obligataires. Une sorte d'aubaine, en somme, pour soutenir la croissance et le développement de l'économie du Cameroun au lendemain de l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative Pays pauvres très endettés (Ppte).
Eugène Dipanda, Quotidien Mutations