17 Mai 2006
Le ministre du Commerce donne trois jours à Cimencam pour approvisionner Yaoundé et tout le sud du Cameroun.
Comme annoncé, le ministre du Commerce (Mincommerce), Luc Magloire Mbarga Atangana, s’est rendu à Douala au siège de la seule société camerounaise de production de ciment, hier 16 mai. L’objectif de cette visite était d’explorer des pistes de solutions à la pénurie du ciment dans le sud du Cameroun et particulièrement à Yaoundé, la capitale. Le déficit est estimé, selon des sources gouvernementales, à quelque 30.000 tonnes de ciment. Un chiffre que relativise le directeur général de Cimencam, Michel Folliet, pour qui il se situerait autour de 10.000 tonnes.
Au sortir d’une concertation avec le directeur général de la Cimencam et le gouverneur de la province du Littoral, M. Gounoko Haounaye, le Mincommerce a annoncé que cette entreprise “s’engage à compenser le déficit dont souffre le sud.” Il est précisément question de “détourner, dans les deux jours qui suivent, des cargaisons préalablement destinées aux autres régions régulièrement approvisionnées, pour Yaoundé où la pénurie se ressent plus durement.” Les grands distributeurs devraient être privilégiés afin que le ministère du Commerce s’assure que les quantités sorties de l’usine sont effectivement parvenues à Yaoundé. Sur le coup, M. Mbarga Atangana a publiquement passé un savon au délégué provincial du Mincommerce pour le Littoral à qui il reproche un manque de vigilance dans la surveillance du processus d’approvisionnement.
Cimencam doit importer du ciment !
“Envoyé par le président de la République et le Premier ministre”, le Mincommerce est venu avec des solutions presque “ clés-en-mains ”. Il ne lui restait plus qu’à théâtraliser la rencontre dans une espèce d’interrogatoire où le Dg de Cimencam était dos au mur. La raison : “Il faut sauvegarder l’ordre public, surtout en cette veille de fête du 20 mai.” C’est pourquoi l’hypothèse d’une résorption du problème dans deux semaines au plus tôt a été rapidement balayée du revers de la main. “Il faut le faire tout de suite”, a imposé le ministre.
Pour anticiper sur la croissance de la demande, le Dg de Cimencam avait annoncé des investissements en cours pour un optimum de production à atteindre en 2007. Mais “raisonner sur 2007 n’est pas réaliste, lui a rétorqué le Mincommerce ; il faut miser sur d’autres solutions : l’importation notamment, pourvu qu’elle soit maîtrisée, l’essentiel étant de ne pas perdre des parts de marché dans la sous-région.” C’est ainsi que l’importation a été retenue comme solution pour parer au plus pressé. Car la Cimencam qui produit environ 900.000 tonnes par an ne peut pas faire plus, ses capacités de production étant actuellement limitées. Ainsi, la cimenterie doit importer 10.000 tonnes de ciment. Le gouvernement souhaite que cette cargaison soit disponible au port de Douala le 21 mai prochain. L’origine de ce ciment d’importation n’a pas été officiellement révélée. Mais des sources bien introduites dans l’entreprise affirment qu’il pourrait venir de Grèce – où il y a souvent un excédent de production – de Roumanie et des autres cimenteries du groupe français Lafarge dont Cimencam est une filiale.
Surseoir à l’augmentation des prix
Pour le reste, les participants à la rencontre ont souhaité que l’information soit plus fluide entre Cimencam et le Mincommerce. Pour poursuivre le dialogue engagé, il a été prescrit aux délégués locaux du ministère du Commerce d’installer une sentinelle pour veiller à la traçabilité du ciment livré. Ces solutions ont ainsi été apportées après l’examen des causes de la pénurie. Pour l’essentiel, celle-ci est due à la spéculation (les grossistes thésaurisent le ciment pour le revendre plus cher après, ou alors ils détournent des livraisons en direction de l’étranger), la relance de l’économie intérieure et l’accroissement de la demande de la sous-région Afrique centrale. “ Nous avons en effet constaté que les quantités produites sont constantes depuis 2004 et qu’en début d’année 2006, il y a même eu une légère augmentation ”, a déclaré le ministre à la fin de la “discussion”. C’est pourquoi à Cimencam, “on ne parle pas de pénurie, mais d’augmentation de la demande”. L’entreprise tourne 24h/24. Sans masque à gaz, les employés se démènent comme de beaux diables. Mais à l’extérieur de l’usine, une quinzaine de camions sont toujours stationnés, depuis une semaine pour certains, en attente de chargement.
Selon la direction générale, les périodes d’avril-mai sont généralement des moments de grande demande. Sans nier leur intention d’augmenter encore les prix, les cadres de Cimencam affirment que ceux-ci n’ont pas changé pour le moment. “La tonne coûte toujours 82.000 Fcfa”, lance l’un d’eux. Installé au Cameroun depuis 30 ans, cette société qui offre sur le marché quatre types de ciments (Cpj 35, Cpj 45, Cpa 45 et Cpa 50) n’a pas su profiter de sa situation de monopole pour mieux développer son activité.
Par Alexandre T. DJIMELI
Le 17-05-2006 Le Messager