05 Déc. 2005
Le Cameroon association of women entrepreneurs (Cawe) annonce avoir trouvé le financement pour la réalisation du projet “ des grandes ambitions ” de la Communauté urbaine de Douala (Cud).
“Financement des projets Sawa Beach et Mass Transit par le Cawe B.O.T Program ”. Le titre du dossier de presse remis aux invités à l’entrée de la salle de conférence de l’hôtel Akwa Palace de Douala, mercredi 30 novembre dernier, était déjà à lui seul un indicateur suffisamment explicite du contenu de la communication qui portait la conférence de presse organisée par les responsables du Cawe. Raméline Kamga, la présidente de cette structure dont l’objectif est de booster le développement économique et social, l’a annoncé sans ambages. “ J’ai l’honneur et le plaisir de vous dire que le Cawe vient de décrocher le financement pour la réalisation du projet Sawa Beach ”, a-t-elle révélé à l’assistance.
Cette information n’a pas manqué de surprendre. Les plus sceptiques en effet, ne croyaient pas à ce gigantesque projet dont les responsables de la Cud semblent avoir fait une question d’honneur et de fierté tant les difficultés à sa réalisation semblaient plutôt insurmontables dans la conjoncture actuelle. A côté du montant astronomique (500 milliards Fcfa, soit près de la moitié du budget d’Etat 2006), le délégué du gouvernement avait dû s’y prendre par deux fois avant de triompher des résistances internes à la Cud. Le projet avait d’abord été rejeté lors de la première session d’adoption par le conseil.
Mais le plus grand défi restait l’onction des populations autochtones riveraines hostiles au projet. Cette adhésion, ont souligné les conférenciers, est à ce jour acquise. “ Le prince Bell (figure de proue de la frange contestataire, Ndlr) n’est pas ici parce qu’il est très occupé actuellement par les derniers préparatifs du Ngondo, a expliqué Raméline Kamga, répondant à une question. Mais je puis assurer que nous avons tout son soutien et sa bénédiction. ” Si cette information venait à se confirmer, ce serait un récif qu’on enlèverait sur le passage de Sawa Beach.
Malheureusement, les responsables de la Cud présents ne prendront pas la parole pour infirmer ou confirmer. “ Nous avons choisi de ne pas les faire intervenir pour une raison simple. Nous ne voulons pas faire croire à l’opinion qu’il s’agit d’un forcing, que le projet Sawa Beach ne procède que de la volonté de la Cud. Il faut que la population se l’approprie. C’est le gage de la fiabilité et de la pérennité ”, a expliqué Raméline Kamga, ajoutant que c’est une conditionnalité exigée par les financiers américains. Si tout se passe donc bien, “ les travaux débuteront le plus tôt possible. La délégation américaine est actuellement en mission à Douala au moment où je vous parle. Si la population le souhaite, nous pouvons commencer demain ”, soutient la présidente du Cawe.
Avantages collatéraux
Dans sa réalisation effective, le projet Sawa Beach est porteur de développement multisectoriel. C’est, selon la terminologie du Cawe, “ une vache à lait aux projets prioritaires de Douala. ” Conçu pour être construit sur une superficie de 1 000 hectares, Sawa Beach devrait permettre aux habitants de la capitale de “ profiter ” de sa façade maritime. En plus de quelque 8 000 logements pour une population de 60 000 habitants, le projet devrait générer selon les projections, 3 000 emplois permanents. 550 salles de classe, 345 ha de terrains aménagés dont 100 ha de routes, 100 ha d’espaces verts, 100 ha de canaux et autres lacs sont également prévus. Bref, la Cud prévoit simplement la construction d’une nouvelle ville. Pour autant, celle-ci, précisent les responsables du Cawe ne doit pas se faire au détriment de la vieille ville. “ Voilà pourquoi, nous avons conditionné notre expertise dans la recherche du financement à certaines mesures porteuses. Parmi celles-ci, la réfection de la voirie de la vieille ville. ”
L’autre avantage lié à la réalisation du projet réside dans l’avènement conditionné d’une compagnie de transport en commun public d’envergure. “ Nous avons proposé à la Cud de prévoir aussi l’organisation d’un transport en commun de qualité. Et nous avons obtenu que pour le lancement la Cud commande 200 autobus de luxe avec 54 sièges complets.
” Le coût de cet autre projet dénommé “ mass transit ” est évalué à quelque 200 milliards Fcfa. Cela fait donc en tout quelque 700 milliards Fcfa pour les deux. Prohibitif diront certains, mais le Cawe relativise. “ Selon notre modèle B.O.T (built, operate and transfer, c’est-à -dire, construire, gérer et transférer, Ndlr), les deux projets s’auto-financent en fait, explique Raméline Kamga. Ici, point besoin de garantie bancaire. Seule la fiabilité du projet suffit. Fort de cela, le financier investit, gère, amortit son financement et transfère la gestion de l’ouvrage à la Cud. Mais pendant la période d’amortissement, la Cud bénéficie déjà d’un subside (15 %) ainsi que le gouvernement (10 %). Notre modèle B.O.T règle donc les problèmes de gouvernance et de corruption puisque les fonds investis sont gérés par les financiers eux-mêmes ”, insiste Raméline Kamga. Résultat, “ nous avons la technologie et le management, le tendon d’Achille de l’Afrique ”, conclut-elle.
Par Frédéric BOUNGOU
Le 05-12-2005Â Le Messager