30 Nov. 2005
Shell-Cameroun a décidé de quitter le pays en cédant son patrimoine à Texaco-Cameroun.
Depuis que Shell Cameroun, a entrepris en douce, des négociations en vue de la cession de ses investissements humains et matériels à Texaco rien ne va plus dans cette compagnie. Ce qui tenait lieu de rumeur est devenu officiel par la ratification des accords de vente auprès des autorités camerounaises. Sont ainsi arrivés dans la ville de Douala, pour la signature de ce contrat, les Dg et autres responsables de Texaco et Shell de la zone Afrique. Conduite par le vice-président Afrique, la délégation de Texaco, avait aussi dans ses rangs, les responsables Afrique des Finances et celui des Ressources humaines. La délégation de Shell était conduite quant à elle par Georges Brunton, le président du groupe dans les 14 pays d’Afrique centrale et ceux de l’Afrique de l’Ouest avec en bonne place, Alain Carreau, le directeur général pour le Cameroun et bien d’autres Dg. Selon des sources bien introduites, les deux parties prenantes dans la transaction, ont tenu plusieurs réunions à Douala et Yaoundé.
Mésintelligence et mauvaise foi
Selon le personnel de la Shell, les négociations qui se sont passées en catimini, n’ont pas respecté les règles de l’art en la matière, pire encore, elles dégagent plusieurs irrégularités qui font l’objet de la contestation et de nombreuses craintes sur l’avenir du personnel qui sera reversé à la Texaco. “ Cette démarche, quoique conforme aux usages en matière de cession est à considérer avec bémol dans le cas de Shell. On a encore en mémoire, ce qui s’est passé dans la cession entre total à Elf. Ce qui paraissait être au départ comme une fusion a été une filouterie car Total a fini par avaler Elf, dont on sait ce que sont devenus ses employés ” hurle un cadre de Shell aux abois. C’est dans un contexte de crainte et de panique, que mis au parfum, le personnel s’est prioritairement rapproché du directeur général, Alain Carreau pour avoir des éclaircissements. Ce dernier souligne-t-on, brandissant les principes du Groupe Shell en matière de communication, a refusé de s’étendre sur le sujet. Il a également balayé d’un revers de la main la seconde préoccupation relative à la signature d’un protocole de séparation visant à désintéresser ceux qui ne comptaient pas intégrer la structure (Texaco ou autre...), rachetant Shell.
Devant l’incompétence du Directeur à satisfaire à cette doléance, solidaire et déterminé, le personnel a refusé de se faire vendre comme du bétail. Il a saisi les hautes instances du groupe Shell et les autorités camerounaises, les informant de leur intention d’entrer en grève permanente jusqu’à la signature du protocole de séparation. Une prompte réaction du ministre du travail a permis la mise en place d’une tripartite: employés représenté par les délégués du personnel, employeur représenté par le directeur général Alain Carreau et ministère du Travail représenté par une délégation des proches collaborateurs du ministre et de la délégation provinciale du Littoral.
Les premiers travaux du mercredi 23 novembre se sont déroulés dans une ambiance tendue.
 Usant du dilatoire pour Ă©prouver les nerfs de “ ses collaborateurs ”, Alain Carreau et sa dĂ©lĂ©gation, ont dĂ©considĂ©rĂ© les propositions du personnel, qui ne constituaient pas pour eux, une prioritĂ©. Aussi ont-ils sollicitĂ© un autre rendez-vous, pour Ă©viter le mouvement de grève du jeudi 24 novembre 2005. MalgrĂ© les multiples rendez-vous, du cotĂ© de Alain Carreau et sa dĂ©lĂ©gation, il Ă©tait clair qu’on faisait de la farce, tout ayant Ă©tĂ© prĂ©mĂ©ditĂ© et bien goupillĂ©. “ Tel que c’est parti, nous savons que mĂŞme si nous sommes repris par Texaco, ce serait pour quels que temps. Car l’un après l’autre, on va nous zigouiller tous. C’est ce qui explique nos inquiĂ©tudes quant Ă l’issue rĂ©elle de la tripartite. D’oĂą le souhait du personnel de ne pas ĂŞtre cĂ©dĂ© comme une vulgaire pompe de carburant ou un vulgaire bâtiment ” tranche un dĂ©lĂ©guĂ© du personnel de Shell. Il affirme qu’à leur niveau, on souhaite la signature du protocole de sĂ©paration, l’organisation d’une liste officielle de dĂ©part pour permettre Ă Texaco (et autre...) de procĂ©der Ă de nouveaux recrutements en fonctions de ses besoins. “ Les diverses entrevues de la semaine avec les autoritĂ©s camerounaises inhibĂ© toute attente de voir ĂŞtre solutionnĂ©e nos rĂ©clamations. Or nous savons mesurer l’ampleur de l’incidence Ă©conomique, tout comme nous sommes convaincus que cette cession n’augure pas des lendemains certains. Ces deux GĂ©ants ont des structures quasi-identiques et en aucun moment une homogĂ©nĂ©isation paritaire ne pourrait se faire sans rĂ©duction du personnel ”, rumine-t-on.Â
 Après le rachat: Les employés disent non à la vente de leur société
Les employés de la compagnie pétrolière dissoute ne veulent pas intégrer la nouvelle structure et exigent le paiement de leurs droits sociaux.
Immeuble siège de la direction générale de Shell Cameroun à Bali-Douala, il est un peu plus de 17 heures. L’entrée principale est comme à l’accoutumée gardée par des vigiles de la société de gardiennage Wackenhut. Dans le petit couloir qui sert généralement de zone d’accueil pour les visiteurs, le reporter du Messager en compagnie de deux autres confrères sont priés de libérer les lieux au motif de respect des consignes de sécurité. Rien d’anormal donc. Toutefois, les multiples entrées et sorties des cadres de cette compagnie, tous de noir vêtus, le téléphone portable constamment à l’oreille sont des indications d’un fait inhabituel ici. Le reporter sera conforté dans sa pensée lorsqu’un employé, bien reconnaissable par son badge professionnel va déclarer dépité “ Ces Blancs-là , nous prennent pour des imbéciles. Nous n’allons pas nous laisser faire. Ils ne partiront pas d’ici tant que nous n’aurons pas signé ce protocole d’accord. Nous sommes prêts à mourir pour cela… ” Plus édifiant encore est ce tract qu’offre gracieusement une de ses collègues au reporter et sur lequel on peut lire entre autres, “ Nous demandons la signature de notre protocole d’accord, nous demandons que le personnel soit respecté selon nos principes, nous refusons d’être vendus comme du bétail… ”
Shell Cameroun vendu
Approché par le reporter, l’on va apprendre de la bouche de ces deux employés que Shell-Cameroun n’existe plus. Cette compagnie quitterait le secteur de la distribution pour uniquement se concentrer à l’exploration of shore. Elle a été rachetée par un concurrent local, Texaco-Cameroun. Le volet social de cette transaction ne serait pas à l’avantage des ex-employés de la compagnie dissoute. “ Les repreneurs nous disent que le personnel sera reversé dans l’effectif de Texaco-Cameroun ce qui ne nous convient pas du tout. Nous avons proposé une solution alternative qui malheureusement ne semble pas pris en compte par les nouveaux patrons, mais nous n’allons pas céder… ” Voilà qui explique donc la tenue d’une réunion de depuis le début de l’après-midi entre le vice-président Afrique de Shell accompagné des directeurs généraux des filiales en activité en Afrique centrale et les cadres de Shell Cameroun (Local commetee Team).
Objectif de cette rencontre, trouver un terrain d’entente. Ce qui pour les employés de Shell-Cameroun, signifie la signature par le nouveau repreneur d’un protocole d’accord établissant clairement les règles de licenciement et surtout une base objective du calcul des indemnités qui seront allouées à tous les employés. “ Il ne fait point de doute que Texaco-Cameroun qui emploie une cinquantaine de personnes ne peut reprendre les 82 employés de Shell Cameroun. Et même si c’est le cas, quel poste ira occuper par exemple le responsable informatique de la société dissoute dans la nouvelle compagnie ? Le directeur général de Texaco Cameroun va-t-il utiliser deux chauffeurs, puisque le chauffeur de l’ex directeur va être reversé dans l’effectif du repreneur. Pour nous, il est clair que l’on veut se débarrasser de nous sans nous reverser le moindre sou. Autant mieux s’arranger pour une séparation en bonne et due forme et le paiement de nos droits… ”, explique un employé.
Cette façon de voir n’est assurément pas celle du nouveau repreneur Texaco -Cameroun car, après plusieurs heures d’attente, les deux parties n’avaient pas toujours trouvé un terrain d’entente. L’on y a signalé la descente sur les lieux d’un responsable de la police ce qui aurait fait monter la tension dans la salle des discussions. Jusqu’au moment où nous allions sous presse, le protocole d’accord n’était pas toujours signé, et un délégué du personnel joint au téléphone par Le Messager a réaffirmé leur détermination.
Affaire Ă suivre
Par Léopold C. CHENDJOU ,Par Souley ONOHIOLO
Le 30-11-2005Â Le Messager