28 Nov. 2005
Le rachat du fournisseur d’accès Internet Globalnet par Mtn Cameroon, l’un des opérateurs de téléphonie mobile, selon les accords de fusion signés le 17 octobre dernier par les directeurs généraux respectifs de Mtn Cameroon et de Globalnet, a été mis entre parenthèses.
“ J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le gouvernement de la République et l’Agence de régulation des télécommunications attachent une attention particulière à vos préoccupations. Par conséquent, je réitère ma détermination, conformément aux missions qui me sont assignées, de sanctionner ceux des opérateurs et/ou exploitants qui iront à l’encontre des lois et règlements en vigueur dans le secteur des télécommunications au Cameroun. ” Ces propos du directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications (Art), Jean-Louis Mbeh Mengue dans sa correspondance du 2 novembre adressée au président du Collectif des opérateurs nationaux exploitants dans le secteur des télécommunications (Conestel) constituent un signal fort dans ce qui est depuis le 17 octobre 2005 appelée “ Affaire Mtn-Globalnet ”.
Il se dégage de cette lettre n° 002488/Art/Dg/Dajci que les préoccupations du Conestel soulevées dans son courrier du 3 octobre dernier concomitamment au directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications (Art), Jean-ouis Beh Mengue avec ampliation au Premier ministre, Iphraim Inoni et au ministre d’Etat ministre des Postes et télécommunications, Maigari Bello Bouba s’insurgeant contre la détermination, en violation de la loi, par Mtn, l’un des opérateurs de téléphonie (Gsm) de se lancer dans la fourniture d’autres prestations de service à valeur ajoutée dans le domaine des télécommunications au Cameroun. Notamment les services à valeur à joutée (Vpn, Internet, etc.) tel que le stipule l’article 2 en ses alinéas 1 et 3 des contrats de concession passés entre les pouvoirs publics et les opérateurs de téléphonie mobile.
Flagrant délit
"La concession n’autorise le concessionnaire qu’à fournir les services décrits à l’alinéa 2.1 et aucun autre service de télécommunication au Cameroun. Pour plus de précision et sans limiter la généralité de ce qui précède, la concession n’autorise pas le concessionnaire à fournir un service de téléphonie au moyen des cabines téléphoniques ou boutiques. La concession n’autorise pas non plus le concessionnaire à vendre toute capacité de transmission à un autre opérateur sans le consentement préalable écrit de l’Agence de régulation obtenu en conformité des lois et règlements en vigueur au Cameroun". En clair, pour le Conestel, aucun opérateur Gsm n’a le droit ni d’installer des boucles locales radio, ni de soumissionner aux appels d’offres relatifs à la construction des réseaux informatiques et de leur interconnexion dans certains services comme c’est le cas avec le V-Sat que certaines structures étrangères au secteur installent n’importe où et n’importe comment sans recourir aux opérateurs de télécommunications agréés.
L’intrusion des opérateurs Gsm dans le secteur des valeurs ajoutées Vpn, Internet, etc. apparaît comme une tromperie sur la marchandise. Car à Mtn, l’on ne nie pas le rachat de Globalnet, même si l’on reconnaît que leur licence d’opérateur de téléphonie mobile ne les autorise pas d’exercer dans la fourniture d’accès Internet. “ C’est pourquoi, nous avons demandé à l’Agence de régulation des télécommunications (Art) de nous octroyer une licence pour que nous puissions exercer cette activité. La structure devant exercer dans la fourniture d’accès Internet étant différente de Mtn Cameroon, opérateur Gsm. Elle s’appellera Mtn Networks solutions. C’est dans ce sens que nous avons introduit un dossier auprès de l’Art qui, par une correspondance, nous a donné son accord pour que nous puissions exercer en tant que fournisseur d’accès Internet. Par la même correspondance, l’Art nous a donné son aval pour le rachat de Globalnet dont la licence de fournisseur d’accès Internet devrait être transférée à Mtn Networks Solutions ”, expliquait récemment Jean-Claude Ottou directeur général adjoint de Mtn chargé de la communication de Mtn dans les colonnes de Cameroon Tribune.
Confusion de rĂ´le
L’accord dont parle le Dga de Mtn fait problème aujourd’hui au sein de l’establishment. Au cours d’une réunion tenue au ministère des Postes et télécommunications le 25 novembre, le Dg de l’Art a été interpellé pour clarifier “ l’Affaire Mtn-Globalnet ”. Il a affirmé n’avoir jamais donné ni son accord à Mtn d’exercer en tant que fournisseur d’accès Internet, ni son accord au rachat de Globalnet par Mtn. Mais dans sa mise au point Jean Louis Mbeh Mengue a précisé que dans sa correspondance à Mtn, il a marqué son accord de principe à la demande de Mtn sous réserve dans trois mois que Globalnet produise le procès verbal de leur assemblée générale ayant pris la résolution de vendre la structure d’une part, et d’autre part que Mtn explique à l’Art la place qui sera réservée aux opérateurs nationaux dans l’accès aux équipements et à quelles conditions.
Mais pour mettre fin à cette cacophonie, il a été demandé au Dg de l’Art de saisir à nouveau Mtn avant la séance de questions-réponses à l’Assemblée nationale pour leur signifier l’annulation du rachat du fournisseur d’accès Internet Globalnet par Mtn Cameroon, l’un des opérateurs de téléphonie mobile, selon les accords de fusion signés le 17 octobre dernier par les directeurs généraux respectifs de Mtn Cameroon et de Globalnet. Le reproche a même été fait au Dg de l’Art d’être allé trop vite dans ce dossier pour lequel il n’a qu’un avis à donner et non le moindre accord. Il a été rappelé au Dg de l’Art que la signature d’un tel accord ne relève pas de lui, mais du ministre des Ptt. C’est d’ailleurs au cours de cette réunion que l’on apprendra qu’un autre dossier similaire est en instance à l’Art concernant le rachat de Creolink par Orange Cameroun. Ce que le Collectif des opérateurs nationaux exploitants dans le secteur des télécommunications (Conestel) qualifie d’abus de position dominante. On comprend que la mise en parenthèses du rachat de Globalnet par Mtn mette du baume au cœur des membres du Conestel qui devront doubler d’efforts pour fournir aux usagers une meilleure qualité des services Internet et d’autres prestations sollicitées.
Pourquoi le deal a échoué
Au moment où le Sommet mondial de la société de l’information se tenait à Tunis, le Cameroun était secoué par la nouvelle du rachat de Globalnet par Mtn. Malheureusement, personne n’en a fait cas là -bas. Or ç’aurait été un bon cas d’école à étudier. N’empêche. Les Etats-Unis sans se référer au cas du Cameroun ont tranché. Le président George Bush a déclaré du haut de la tribune de Tunis que son pays ne peut pas partager avec les autres pays du monde la gestion de Icann (Internet coorporation for assigned name and numbers), un organisme financé par le gouvernement américain qui lui a donné mandat de gérer Internet jusqu’en 2006. Il a même émis le vœu de nationaliser la structure. Cette décision du président américain est motivée par les gros enjeux que présente Internet aujourd’hui. Pendant ce temps au Cameroun, on veut brader Internet à un opérateur étranger à travers sa succursale installée au Cameroun. A en croire les rumeurs, Mtn voulait racheter Camtel, mais les négociations engagées pour qu’on enlève la disposition qui disqualifie tout opérateur du Gsm au rachat de Camtel ayant échoué, le géant de la téléphonie sud-africaine a choisi le raccourci en rachetant Globalnet qui avait acheté la fibre optique. Aujourd’hui, Mtn veut racheter une entreprise qui fournit des services à valeur ajoutée, elle-même titulaire d’une licence intuiti personnae. Cette opération ne peut aboutir que si une nouvelle licence signée par le ministre des Postes et télécommunications est octroyée à Globalnet.
Le rachat de Globalnet n’a coûté à Mtn que 2 milliards de Fcfa mis à part les 380 millions de Fcfa qui auraient pris le chemin du lobbying. Indirectement, le rachat de l’Internet vaut 2 milliards Fcfa ; ce qui constituerait une deuxième duperie après celle opérée sur le fichier mobile au Cameroun. Alors qu’au Nigeria le fichier mobile a coûté un milliard de dollars à Mtn, au Cameroun il lui revenait à 47 milliards de Fcfa contre 13 milliards de Fcfa à Mobilis (Orange) payés en deux traites de 7 milliards de Fcfa en espèces et 6 milliards Fcfa en compensation de la dette. Ce qui apparaît comme une braderie de plus. Au-delà , si jusqu’ici l’on n’a vu que la violation du contrat de concession dans cette opération, l’écrasement des opérateurs nationaux par la multinationale Mtn comme Microsoft l’a fait des logiciels en informatiques ou encore le chômage qui découlerait de la fermeture des structures qui sont dans le secteur des valeurs ajoutées des télécommunications, force est de relever que les enjeux stratégiques sont plus grands.
La mort programmée de Camtel
Il s’agit d’abord de la privatisation de Camtel qui sera hypothéquée avant juin 2006 tel que c’est prévu dans le calendrier des bailleurs de fonds. Car actuellement, le dossier Camtel n’est pas prêt. Il faut que le CTPhone prenne l’envol escompté et que la fibre optique vienne booster la connexion Internet. Or si Mtn prend le contrôle de Internet, il ne va plus rien rester à Camtel. A la vérité sur les trois données qui auraient pu rendre Camtel fiable, il n’y a que Internet qui constitue aujourd’hui un terrain en friche avec un taux de pénétration de moins de 0,1 % contre 0,8 % au Sénégal ; Camtel étant faible sur le fixe. Les tests sur l’Adsl réalisés récemment sur les lignes de Camtel ont révélé que moins de 8 cas sur 1.000 sont satisfaisants. Les seules chances pour que Camtel trouve preneur demeurent sur CTPhone et Internet. Bien plus, la téléphonie a retrouvé sa virginité dans la plupart des pays après avoir relancé leur fixe à partir des Ntic. Le rachat de Globalnet par Mtn rentre dans la logique de la mort programmée de Camtel qui, avec la viabilisation de la fibre optique, devrait pouvoir compter sur Internet pour mieux se vendre, ou même pour se trouver un preneur d’ici juin 2006. Le rachat de Globalnet par Mtn va vider Camtel de toute sa substance, parce que Mtn a plus d’équipements que Camtel.
Un problème de souveraineté
Subséquemment, ce rachat livre le contrôle de ce secteur à une entreprise étrangère, comme on l’a fait avec le secteur de l’énergie électrique. En principe, il est avant tout intérêt question ici de la souveraineté nationale. Sait-on que tous les virements bancaires dans les entreprises françaises basées au Cameroun passent par la Sonema à Monaco et non par le réseau Camtel ? Sait-on que un appel téléphonique même à l’intérieur du pays effectué sur l’un des réseaux des opérateurs du mobile au Cameroun passe par leur tour operator respectif et non par le réseau Camtel ? On n’a jamais évalué les manques à gagner que subit le Cameroun sur ces transactions qui en principe se paient ailleurs. En plus le Cameroun partage le trafic de son espace avec d’autres pays, un peu comme un avion qui, partant de Douala pour Garoua, atterrissait d’abord à Lagos où il paie des frais avant de revenir à Garoua. Or il n’y a pas longtemps, le ministre des Ptt, Maximilien Koué Nkongo avait désigné Camtel comme seul gestionnaire de l’espace satellitaire national parce qu’il avait compris que le Cameroun perdait trop de revenus dans les transactions des télécommunications. En plus, comment veut-on que Camtel se fasse de l’argent lorsque des grands événements comme le sommet sur la malaria qui vient de se tenir à Yaoundé sont gérés par des opérateurs venus de Génève et de Stockholm, sans associer la structure nationale?
Même si pour Mtn en prenant pied sur le segment Internet c’est pour investir lourdement dans des technologies performantes grâce auxquelles les particuliers et les entreprises pourront accéder à Internet à moindre coût et de manière plus fiable, entraînant une baisse des coûts d’accès et, par extension de plus grandes possibilités d’accès pour tous les Camerounais, il est clair que cette opération, tout en créant d’autres emplois, va provoquer la mort certaine de nombre de Pme nationales exerçant dans le secteur des télécommunications et entraîner la perte de quelques milliers d'emplois parmi les jeunes Camerounais. On dénombre plus de 5000 cybercafés, 100 providers nationaux pour environ 100.000 emplois, avec un chiffre d'affaires d'un milliard à peine. Mais toujours est-il que les Camerounais attendent que les opérateurs de Gsm excellent d’abord dans le domaine qui est le leur avant d’embrasser un autre. Car, jusqu’ici, les communications par le mobile restent très chères pour le Camerounais moyen et les services jusque-là offerts par les opérateurs de la téléphonie mobile sont encore très limités. Ils gagneraient à combler ces vides avant de se déployer dans d’autres domaines. Est-il normal par exemple qu’une minute de communication Gsm coûte 275, 300 ou 500 Fcfa et qu’un appel sur deux soit perdu ?
Par Noé Ndjebet Massoussi
Le 28-11-2005 Le Messager