17 Oct. 2005
Une population estudiantine sans cesse croissante, mais les infrastructures suivent lentement.
Ce jeudi 6 octobre 2005, le bloc interfacultaire, bâtiment regroupant toutes les quatre facultés de l’université de Ngaoundéré, grouille de monde. Les halls sont bondés de nouveaux étudiants qui effectuent des opérations de préinscription, les babillards envahis par les anciens qui consultent leurs résultats. Plus loin, certains candidats au concours d’entrée à l’Institut universitaire de technologie (UIT) consultent les résultats qui viennent d’être affichés. Parallèlement, dans les salles, les cours ont démarré.
La rentrée académique est effective à l’université de Ngaoundéré depuis le 5 octobre dernier. Fidèle à sa tradition, cette institution veut maintenir le respect du calendrier académique. Les résultats de la session de rattrapage ont été tous publiés. Les délibérations ont été faites aussitôt. Seuls les résultats de requêtes rectificatives restent attendus. Le recteur Amvam Zollo a donné des instructions fermes pour que les cours soient effectifs. Par mesure de clémence, la période d’inscriptions pour les nouveaux a été prorogée jusqu’au 21 octobre prochain. Cette année, l’université de Ngaoundéré compte accueillir plus de 4.000 nouveaux étudiants qui viendront s’ajouter aux 10.000 anciens. Si on tient compte des bacheliers "made in Chad" dont la plupart choisissent pour destination Ngaoundéré, cette prévision risque d’être largement dépassée. Cela dit, l’université de Ngaoundéré jouit d’une bonne réputation grâce à un environnement et à des conditions propices aux études universitaires. Situé à une quinzaine de kilomètres du centre urbain, le campus de Dang offre un cadre idéal d’études à ses étudiants. Un campus qui a été jusqu’ici épargné par les mouvements de revendications estudiantines qui ont sérieusement perturbé l’année académique sous d’autres cieux.
Cet avantage est en train de devenir un inconvénient, puisque la capacité d’accueil de l’université est aujourd’hui fortement éprouvée par la masse d’étudiants qui y sollicitent une inscription. Selon des sources proches du rectorat, le campus de Dang est fréquenté par au moins 10 nationalités. Hormis les Tchadiens qui considèrent Ngaoundéré comme leur deuxième université après celle de N’Djamena, on y retrouve désormais des Congolais, des Rwandais, des Burundais, des Guinéens, des Centrafricains et même certains étudiants des pays occidentaux. A cause de ce melting-pot, le coût de la vie à Dang a régulièrement augmenté. Les prix des denrées alimentaires ont triplé. Les propriétaires attribuent les chambres au plus offrant. Cette année, malgré les multiples interpellations du gouvernement, les bailleurs pratiquent la surenchère. Ici, on attend encore la Brigade spéciale de contrôle des loyers des logements d’étudiants des universités d’Etat du Cameroun.
Mais le plus gros souci de l’Université de Ngaoundéré se situe au niveau des infrastructures d’accueil. Les effectifs sont allés crescendo alors que les infrastructures n’ont pas suivi. A ce jour, aucun amphithéâtre digne de ce nom n’existe à Dang. " Si on tenait compte de nos capacités d’accueil, plus de la moitié de nos effectifs actuels serait dehors ", se défend le recteur. En droit où les effectifs sont pléthoriques, certains cours et examens se déroulent au réfectoire du restaurant universitaire, d’autres au gymnase. C’est un problème commun à tous les établissements en dehors de l’IUT et de l’ENSAI qui disposent des salles suffisantes pour leurs étudiants. " En DEUG I, les 800 étudiants font cours dans une salle prévue pour 200 places ", relève le Doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion. Mais ce problème d’infrastructures ne sera bientôt qu’un triste souvenir, puisqu’actuellement, l’université est en pleins travaux.
L’autre souci de l’université de Ngaoundéré réside au niveau de l’insuffisance du personnel enseignant. Toutes les quatre facultés sont confrontées au même problème. En faculté de sciences économiques et de gestion par exemple, on compte 24 enseignants et 10 moniteurs pour près de 2500 étudiants. La plupart des enseignants trop surchargés n’arrivent plus à produire des articles dans les revues scientifiques. Or, comme le souligne Aziber, moniteur en droit, " ce n’est pas par le nombre des cours qu’on pourra avancer en grade."
 Grégoire DJARMAILA
 [17/10/2005] Cameroon Tribune