20 Sept. 2005
A l'occasion de l'installation du nouveau recteur, l'Addec a manifesté en mémoire des morts de l'Université de Buea.
 Mouafo Djontu, le président exécutif national de l'Association pour la défense des droits des étudiants (Addec), ainsi que son vice-président, Linjuom Mbowou, sont arrivés à temps pour voir leurs camarades manifester leur tristesse lors de l'installation d'Abouem a Tchoyi et de Dorothy Njeuma. Les deux dirigeants de l'Addec, interpellés la veille, ont été relaxés dans l'après-midi d'hier alors que la cérémonie d'installation du président du conseil d'administration et du recteur de l'Université de Yaoundé I se déroulait à l'amphi 700.
"Ils ont pensé que c'est lorsque les étudiants nous voient qu'ils manifestent. Or ils doivent comprendre que les gens peuvent s'assumer", exultait Mouafo Djontu, porté en triomphe par les autres qui, autour de 16h30, soit une demi-heure à peine après que la cérémonie ait commencé, ont entonné un chant de deuil. Vêtus de noir, quelques étudiants se sont assis en face de l'amphi 700 où, les mains sur la tête, ils ont mimé le deuil. L'entrée de la salle de cérémonie avait au préalable été interdite à tout étudiant vêtu de noir.
Les gendarmes, qui avaient pris position sur le campus de Ngoa Ekellé, les ont immédiatement repoussé vers l'amphi 300. A cet endroit où les moments les plus forts de la grève d'avril-mai 2005 avaient eu lieu, les membres et sympathisants de l'Addec ont chanté : "ça va changer", "zéro 50 000", pour montrer leur détermination à aller jusqu'au bout du combat entrepris.
L'installation des nouveaux responsables de l'Université de Yaoundé I était attendue. La veille, à l'occasion de la rentrée du Sénat des étudiants, un cadre de débat sur les problèmes de l'Université mis sur pied par l'Addec, le président et le vice-président de l'association, avaient été arrêtés. Ils ont déclaré, après leur libération, qu'ils avaient été conduits d'abord au commissariat du 5e arrondissement, puis au Groupement mobile d'intervention (Gmi). "Il m'ont interrogé, mais j'ai refusé de répondre tant que mon avocat ne serait pas là ", affirme Mouafo Djontu.
L'Addec avait marqué son indignation à la suite du décret présidentiel qui désignait les nouveaux responsables des universités d'Etat. Dimanche, après l'arrestation de Mouafo Djontu et de Linjuom Mbowou, le secrétaire à la coordination intérieure de l'Addec, Okala Ebodé, a signé un communiqué qui condamnait cette action et qui maintenait le mot d'ordre de protestation
"... nous dirons par cet acte non aux arrestations arbitraires et aux sévices, pour que les étudiants qui ont été tués parce qu'ils avaient une opinion à exprimer, ne soient pas oubliés et pour qu'il n'y ait plus jamais d'autres assassinats", indiquait le communiqué. Une centaine d'étudiants ont suivi le mot d'ordre. Ils ont couru et chanté sur le campus, ils ont surtout fait comprendre aux nouveaux responsables installés qu'il y aura du travail.
Jules Romuald Nkonlak, Quotidien Mutations