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[Lutte contre la criminalité-Yaoundé sous couvre feu]
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11 Mars 2002
« Opération harmattan », la nouvelle trouvaille des autorités pour lutter contre la criminalité se déploie dans la capitale tous les soirs. Sémant les frustrations parmi les populations.
Sortir de chez soi, et se retrouver dehors le soir après 22 heures Ă YaoundĂ© est dĂ©sormais un Ă©norme risque. Non pas seulement parce que les bandits de grand chemin et autres braqueurs redoutables y sont lĂ©gion, mais aussi parce qu’ on peut très facilement, que l’on soit honnĂŞte ou pas, se retrouver sur la paille fraĂ®che d’une cellule de commissariat de police ou de gendarmerie, Ă l’occasion des nombreuses rafles qui sont organisĂ©es dans la ville.
Depuis quelques jours en effet, suite Ă la recrudescence de la criminalitĂ©, notamment avec l’assassinat le 16 fĂ©vrier dernier du magistrat Paul NkouĂ©, les autoritĂ©s locales ont dĂ©ployĂ© ce qu’elles appellent “l’opĂ©ration harmattan”. Cette opĂ©ration, mise en œuvre depuis une semaine environ, se manifeste sur le terrain par une espèce de couvre feu dès 22 heures le soir. Les forces de l’ordre (policiers et gendarmes) se dĂ©ploient ainsi dans les rues et les endroits de forte affluence, oĂą elles procèdent sans mĂ©nagement Ă des rafles au cours desquels sont embarquĂ©s presque tous ceux qui se trouvent dehors dans la rue : direction, les bases des forces de l’ordre.
“CalĂ©-CalĂ©” et rafles
L’ « opĂ©ration harmattan » qui apparemment semble ĂŞtre coordonnĂ©e par le dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral Ă la sĂ»retĂ© nationale, le commissaire divisionnaire Ă la retraite, Pierre Minlo’o Medjo, a comme principal bras actif, l’unitĂ© d’Ă©lite du groupement spĂ©cial d’opĂ©ration (GSO) “Nous conseillons aux populations de rester chez elles une fois la nuit tombĂ©e. Cela nous permettra de mieux contrĂ´ler les mouvements des malfrats et autres braqueurs. Sinon, nous sommes obligĂ©s Ă contre cœur de procĂ©der Ă des rafles des vagabonds nocturnes. Cela entraĂ®ne des dĂ©sagrĂ©ments. Mais on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs et un homme averti en vaut deux”. Explique un haut gradĂ© proche collaborateur du dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral Ă la sĂ»retĂ© nationale.
Des dĂ©sagrĂ©ments, il y en a effectivement Ă la pelle depuis une semaine. Des populations estiment que « les hommes du dĂ©lĂ©guĂ© Minlo’o en font un peu trop ». Leur zèle est excessif. Il en est ainsi d’une descente musclĂ©e conduite par le dĂ©lĂ©guĂ© Minlo’o en personne dans une boĂ®te de « streaptease » de YaoundĂ©, oĂą celui-ci, scandalisĂ© de trouver une centaine de camerounais en train d’admirer des gamines qui dansaient nues, a fait embarquer tout le monde pour le commissariat du 1er arrondissement.
MĂŞme opĂ©ration dans une boĂ®te de nuit situĂ©e au quartier Essos, et au fameux “carrefour de la joie” Ă Mvog Ada oĂą des noctambules venus se distraire au dĂ©but de week-end ont Ă©tĂ© jetĂ©s de force dans les camions de la police en partance pour le commissariat.
La oĂą les critiques Ă l’encontre des hommes du dĂ©lĂ©guĂ© Pierre Minlo’o Medjo sont devenues plus vives, c’est lorsque ceux-ci ont cru bon de venir procĂ©der Ă ce qu’ils appellent “calĂ©-calĂ©” en plein jour au stade Omnisports le dimanche dernier alors que s’y dĂ©roulaient deux rencontres importantes du championnat de première division. Près d’un millier de personnes ont Ă©tĂ© interpellĂ©s, sans identification brutalement conduits vers des commissariats de police. Certains parmi eux n’ont recouvrĂ© la libertĂ© que mardi, après avoir payĂ© des sommes allant jusqu’Ă 20 000 FCFA. D’oĂą les frustrations observĂ©es çà et lĂ .
“On a l’impression que c’est le commandement opĂ©rationnel qui est instituĂ© en pleine capitale. Non seulement ces policiers ne veulent rien savoir lorsqu’ils vous interpellent, mais aussi ils vous brutalisent et vous insultent. Il y a peut - ĂŞtre un souci d’intimider les brigands. Mais il faut comprendre qu’il y a des honnĂŞtes gens parmi les populations. Et si les flics ne savent pas faire leur boulot, c’est vraiment dommage”. Lance ahuri, O.T. rĂ©cemment raflĂ© Ă YaoundĂ©.
Du cĂ´tĂ© de la police et de la gendarmerie, on relativise ces rancœurs. Les Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s par Le Messager prĂ©sentent plutĂ´t les quelques coups d’Ă©clats de “l’opĂ©ration harmattan” notamment le dĂ©mantèlement d’un gang de braqueurs parti de Mimboman pour Obala, l’arrestation lors d’une rafle opĂ©rĂ©e au quartier Nlongkak, de plusieurs malfrats longtemps recherchĂ©s”. “Que ceux qui se plaignent n’ont qu’Ă rester tranquillement chez eux la nuit. Cela permettra de limiter et de contrĂ´ler les mouvements des hommes.
En ces temps de dĂ©lestages nocturnes d’Ă©lectricitĂ©, on ne sait plus bien qui est malfrat ou qui ne l’est pas. Nous sommes obligĂ©s d’opĂ©rer ces espèces de couvre feu pour la sĂ©curitĂ© des populations. Maintenant s’il y a quelques exactions ou dĂ©viations, nous nous en excusons”. Affirme un commissaire de police rencontrĂ© par Le Messager. Attention donc, l’heure est au couvre feu.
Sources: Le messager du 10 Mars 2002
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